« Pendant ces quelques secondes, il n’y aurait pas eu assez d’horreur dans le monde pour emplir ton cœur. »
La Nuit des temps
Le 24 novembre 1985, nous a quitté René Barjavel, romancier et journaliste français né le 24 janvier 1911 à Nyons. Issu d’une famille non attachée à la littérature, Il fait ses études au collège de sa ville de naissance en 1922, puis à celui de Cusset dans l’Allier en tant que pensionnaire.
Après avoir exercé différents métiers comme ceux de répétiteur, représentant et employé de banque, pour gagner sa vie, il commence sa carrière littéraire à dix-huit ans en tant que journaliste au Progrès de l’Allier, à Moulins. Son premier roman, Collette à la recherche de l’amour, est publié en 1934. En 1935, il devient secrétaire de rédaction de la revue Le Document, Puis il rencontre l’éditeur Denoël qui l’engage comme chef de fabrication. Son roman Ravage, qui évoque une société fondée sur la valeur du travail et le refus de la modernité, est publié en 1943 en pleine occupation allemande. Un an plus tard, en 1944, il publie Le voyageur imprudent qui évoque le paradoxe du voyage dans le temps. Grâce à ces deux romans, René Barjavel fait figure de précurseur de la science fiction française.
Après la guerre et surtout à cause de l’échec de Le Diable l’emporte, un roman qui a pour thème la Troisième guerre mondiale, il s’aventure dans le monde du cinéma et devient à la fois critique cinématographique et scénariste/dialoguiste de films dont le plus fameux est le Petit Monde de Don Camillo.
Il faut attendre le Colomb de la lune en 1963 pour briser le silence de sa plume romanesque après plus de dix ans. Son retour à la littérature rencontre un vif succès notamment avec la publication, respectivement en 1968 et 1973, de La nuit des temps et Le grand secret.
Auteur de romans fantastiques et d’anticipation, marqué par les événements tragiques de son époque, René Barjavel expose sa méfiance vis à vis du progrès technique et de la modernité à outrance en mettant en scène les thèmes d’apocalypse, de fin du monde, de retour de la barbarie, de chute de la civilisation causée par les excès de la science et par la folie de la guerre.
Cependant, son écriture poétique, onirique et parfois philosophique est enrichie par un caractère d’amour étendu dans le temps, immuable et impérissable.


« Ma bien-aimée, mon abandonnée, ma perdue, je t’ai laissée là-bas au fond du monde, j’ai regagné ma chambre d’homme de la ville avec ses meubles familiers sur lesquels j’ai si souvent posé mes mains qui les aimaient, avec ses livres qui m’ont nourri, avec son vieux lit de merisier où a dormi mon enfance et où, cette nuit, j’ai cherché en vain le sommeil. Et tout ce décor qui m’a vu grandir, pousser, devenir moi, me paraît aujourd’hui étranger, impossible. Ce monde qui n’est pas le tien est devenu un monde faux, dans lequel ma place n’a jamais existé. »
La nuit des temps
Sélection René Barjavel à la médiathèque :
Ravage de René Barjavel, Gallimard, 1966
La Nuit des temps de René Barjavel, Presses de la cité, 1971
Le Voyageur imprudent de René Barjavel, Denoël, 1972
Le Prince blessé de René Barjavel, Flammarion, 1974
